Ripple, XRP et XRPL : trois choses différentes
Ripple est une entreprise de technologie financière. XRP est l’actif numérique natif du XRP Ledger (XRPL), et le XRP Ledger est un réseau blockchain public et open source. Les trois sont liés historiquement et technologiquement, mais ils ne sont pas interchangeables. Une réussite commerciale de Ripple ne signifie pas automatiquement une hausse de la valeur de XRP, et un produit Ripple peut utiliser du fiat, RLUSD, XRP ou plusieurs actifs selon le cas d’usage.
Plus d’une décennie consacrée aux paiements
Ripple construit des infrastructures de paiement basées sur les actifs numériques depuis 2012. Son objectif initial était de réduire les frictions du paiement transfrontalier : délais, préfinancement de comptes dans plusieurs pays et fragmentation des réseaux bancaires. En mars 2026, Ripple indiquait que Ripple Payments était opérationnel dans plus de 60 grands marchés et que le groupe détenait plus de 75 licences et autorisations à travers le monde. Ces chiffres proviennent de Ripple et doivent donc être lus comme des données communiquées par l’entreprise, mais ils montrent l’ampleur prise par l’activité réglementée.
De l’entreprise de paiements à une pile d’infrastructure complète
Le changement majeur des dernières années est l’élargissement de Ripple au-delà du paiement. En 2023, Ripple a acquis Metaco, spécialiste suisse de la garde institutionnelle d’actifs numériques. En 2024, l’acquisition de Standard Custody & Trust Company a ajouté une société de trust réglementée par le New York Department of Financial Services et renforcé l’activité de custody.
En décembre 2024, Ripple a lancé Ripple USD (RLUSD), un stablecoin en dollars disponible notamment sur XRPL et Ethereum. La documentation de Ripple indique que RLUSD est adossé 1:1 à des actifs liquides de haute qualité, du cash et des équivalents de cash, avec des réserves séparées et des exigences de contrôle liées au cadre NYDFS.
2025 : prime brokerage, trésorerie et paiements en stablecoins
En 2025, Ripple a accéléré par plusieurs acquisitions. Hidden Road, acquis pour 1,25 milliard de dollars puis rebaptisé Ripple Prime, a fait entrer Ripple dans le prime brokerage multi-actifs, le clearing et le financement institutionnel. Ripple a également acquis GTreasury pour 1 milliard de dollars, ouvrant une activité de gestion de trésorerie d’entreprise, ainsi que Rail, spécialisé dans l’infrastructure de paiements en stablecoins. L’acquisition de Palisade a ensuite renforcé les capacités de wallet-as-a-service et de custody.
Cette stratégie relie plusieurs briques : collecter des fonds, conserver des actifs, gérer la liquidité, échanger, financer et effectuer des paiements. Ripple présente désormais son offre comme une infrastructure de bout en bout pour institutions et fintechs plutôt que comme un simple réseau de transfert international.
La place de RLUSD
RLUSD joue un rôle croissant dans cette architecture. Ripple Prime l’utilise comme collatéral pour certains produits, tandis que Ripple Payments l’intègre dans des flux de règlement. Le stablecoin permet à Ripple de proposer un actif en dollars réglementé qui peut fonctionner avec l’infrastructure blockchain sans exposer nécessairement chaque client à la volatilité de XRP.
Cela ne rend pas XRP inutile : XRP conserve son rôle natif sur le XRP Ledger et peut servir de moyen de règlement ou d’actif intermédiaire lorsque cela apporte un avantage de liquidité. Mais l’évolution de Ripple vers RLUSD montre précisément pourquoi il faut distinguer l’entreprise, ses produits et l’actif XRP.
Le dossier SEC : une issue importante, mais pas une victoire totale
Le contentieux entre Ripple et la Securities and Exchange Commission américaine a profondément marqué l’histoire récente de l’entreprise. Le 7 août 2025, la SEC et Ripple ont déposé une stipulation commune mettant fin à leurs appels respectifs. La SEC a annoncé que cela résolvait l’action civile contre Ripple et deux de ses dirigeants.
Le jugement final du tribunal de district reste toutefois en vigueur. Il impose à Ripple une pénalité civile d’environ 125 millions de dollars et une injonction relative à de futures violations des règles d’enregistrement pour certaines ventes institutionnelles. Les décisions antérieures avaient distingué les ventes institutionnelles de XRP, jugées constituer des offres de contrats d’investissement non enregistrées dans certains cas, des ventes programmatiques sur plateformes qui n’avaient pas été jugées comme telles. Présenter l’issue comme une exonération totale de Ripple serait donc inexact.
Ce que Ripple a réellement accompli
Le résultat le plus tangible n’est pas une prédiction de prix mais la construction progressive d’une entreprise régulée couvrant plusieurs couches de la finance numérique : paiements, custody, stablecoin, prime brokerage, trésorerie et liquidité. Peu d’entreprises issues de la première génération crypto ont développé une présence comparable dans autant de fonctions institutionnelles.
La question décisive pour les prochaines années sera moins de savoir combien d’acquisitions Ripple peut annoncer que de mesurer leur intégration réelle : volumes effectivement traités, clients actifs, usage de RLUSD, utilisation de XRPL et de XRP, rentabilité des nouvelles activités et capacité à concurrencer banques, réseaux de paiement, stablecoins et autres blockchains.
